1933 - Panorama de la direction furtwänglérienne
   

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Panorama de la direction furtwänglérienne

 

1933

 

 

Wagner, Götterdämmerung, Trauermusik

 

par Felix Matus-Echaiz

 

 

CD SWF 042-4

 

                                  Wagner

             Götterdämmerung, Trauermusik

              Orchestre Philharmonique de Berlin

                                        1933, Berlin

 

L’enregistrement par Furtwängler de la Musique Funèbre est à notre avis un des plus grands enregistrements faits par le chef dans les années 30, voire même dans toute sa carrière. La retenue, proscrivant toute grandiloquence, et en même temps la force expressive donnée à chacun des dix leitmotivs, sont là pour attester de la grandeur de cette interprétation.

 

 
1

 Trauermusik
0'00 - 0'40

L’entrée de la timbale, véritable appel, nous plonge d’emblée dans la tragédie qui vient de se produire. La montée des alti et des violoncelles, fil conducteur de ces pages, répond à cet appel. De cette montée surgira le leitmotiv de la Race des Wälsungen. Le pizzicato des contrebasses, qui ponctue l’entrée du leitmotiv cité et est joué comme un bref coup de timbale, porte la «griffe» du chef.

       
 
2

  Trauermusik
1'20 - 2'10

Le resserrement et le diminuendo du motif de la timbale et de celui des alti-violoncelles mènent au leitmotiv du Héroïsme des Wälsungen. A notre connaissance, jamais ce thème n’a évoqué avec autant d’intensité le sort tragique de la descendance de Wotan.

 

Sur les deux passages précédents, il faut remarquer l'interprétation «poco espressivo» - le «ohne ausdruck» que le chef avait l'habitude de requérir de l'orchestre. Cette façon de jouer «sans expression» les passages les plus intenses est une des caractéristiques de l’art du maestro.

       
 
3

  Trauermusik
3'29 - 4'26

Le crescendo, point culminant de cette musique funèbre, est un des moments les plus difficiles de la partition.

Dans son interprétation, le chef fait reposer le poids du crescendo sur les triolets des violons. Chaque note des triolets, jouée avec souplesse, construit peu à peu le crescendo. Le thème de l’Epée (Nothung), joué par la trompette, semble surgir des triolets. Il est à remarquer que même dans ce passage très puissant le chef ne se départit jamais de la grande retenue que nous avons évoquée plus haut. Furtwängler laisse le musique géniale de Wagner parler d’elle-même. C’est la tragédie grecque transcrite en musique.

       
 
4

  Trauermusik
6'07 - 6'52

Avec quelle finesse Furtwängler nous offre le thème de Brünnhilde et toute sa tendresse ! Les mots manquent pour analyser ces moments à la fois si simples et si forts. Par quel moyen le chef a-t-il obtenu des Berlinois ce phrasé et cette couleur ? Incontestablement, c’est un exemple essentiel pour s'imprégner du génie du chef.

       
 
5

  Trauermusik
6'53 - 7'37

Le thème de Brünnhilde est interrompu par celui de la Servitude qui est indissolublement lié à celui de la Malédiction. Un ultime rappel du thème Héroïque entame la fin de cette musique.

Le contraste avec le passage précédent est frappant. Dès l’entrée du thème de la Servitude, le chef installe la sonorité «blanche» qu’il sait si bien et à si bon escient utiliser, et c’est précisément à cet instant que l’intensité est au maximum. La destinée du héros s’est accomplie.

  (c) 2005    

 

 

 

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